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Mardi dernier, j’avais envie de prendre l’air en rentrant du boulot. L'automne, niveau
couleurs, y’a rien de mieux. Et niveau promenade, c’est également assez inspirant (?) de marcher avec autour de soi les premières feuilles mortes de la saison, les branches qui craquent,
les arbres qui commencent à se déplumer. Cet environnement couplé au fait que c’est souvent en se baladant qu’on trouve de bonnes idées, c’est l’équation parfaite.
Je me suis donc garé à l’extrémité de la zone industrielle de Fresnes, puis j’ai emprunté le pont
qui enjambe l’autoroute. Après avoir traversé ce pont, il y a une grille sur la droite. Cette grille inaugure le long chemin parallèle à l’autoroute qui mène (entre autre) à la forêt.
Devant cette grille était garée une camionnette orange (ça n’a strictement aucun intérêt de dire la couleur de la camionnette mais ça m’amuse que la camionnette ait la même couleur que
l’automne). J’ai aperçu deux hommes qui semblaient charger des objets dedans. J’ai contourné la grille et ait emprunté le long chemin.
J’ai croisé deux filles qui poussaient des brouettes encombrées d’objets divers. Elles
«travaillaient» avec les deux hommes croisés plus haut, à la grille. Je pensais qu’ils récupéraient des trucs (le long de ce chemin y’a des panneaux, des barrières etc) mais les choses
qu’ils trimballaient n’avaient rien à voir avec ce qu’on peut trouver au Centre Technique Municipal Annexe situé au bout de la route. Le chemin tournait alors sur la gauche. Au bout de
quelques mètres, on se retrouve à un point stratégique.
Sur la gauche, le Centre Technique Municipal Annexe. Tout droit, le chemin vers la forêt. A droite,
deux choses : d’abord le petit chemin qui mène à la maison abandonnée (que vous pouvez voir dans cette bd) puis au puits-égout (à la fin de la même bd), et juste à coté, une piste d’entrainement où l’ont peut souvent voir des gens qui passent leur permis moto. Je me suis
dirigé vers la forêt et ait entendu des bruits venant de la maison : les gens que j’avais croisé étaient donc en train de vider la maison. Vol ? Déménagement ? Je le saurais plus tard,
car je n’ai pas trop trainé et me suis dirigé directement vers la forêt. Une fois loin des regards, j’ai sorti mon appareil, et ait commencé ma promenade.
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Ce que vous voyez sur l’image ci-dessus c’est le chemin (enfin, un grillage qu'on trouve sur ce
chemin) qui permet d’accéder à la forêt. Sur le coté gauche de ce chemin, il y a un grillage vert (photo) avec derrière, une grande pépinière. Sur la droite du chemin, empruntant la même
ligne droit, il y a un mur qui empêche l’accès à la forêt. Enfin qui est supposé empêcher l’accès, car il comporte de très nombreuses failles dues à des éboulements, et en fait tout le
monde peut librement entrer dans la forêt. Ci-dessous, voilà un des endroits où le mur est le plus éclaté (photo prise depuis l’intérieur du Domaine) :
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Pourquoi ceinturer une forêt avec un mur ? Parce qu’en fait cette forêt fait partie du domaine du
Château de Montjean. J’ai fait une longue page sur ce Domaine ici car il contient un endroit abandonné que j’ai
visité plusieurs fois. Et en fait de promenade dans une forêt, c’est surtout dans le Domaine du Château de Montjean que je suis venu me balader.
Pour en finir avec ce fameux mur, c’est le seul qui reste (je suppose) de l’époque où le Domaine
était entièrement ceinturé. J’ai la vague impression qu’on l’a laissé là pour empêcher l’eau (servant à l’arrosage massif de la pépinière) de trop s’infiltrer dans le Domaine. En effet,
la pépinière est situé sur un plateau alors que le Domaine est installé à flanc de colline, ce qui fait qu’en cas d’arrosage massif, l’eau tend à s’écouler naturellement via le chemin,
puis sous le mur, pour enfin créer une sorte de forêt marécageuse en plein dans le Domaine. Ci-dessous, la tête du chemin.
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Les feuilles des arbres poussant sur ce chemin ont d’étranges taches noires. On dirait que
quelqu’un s’est amusé à passer un briquet sous les feuilles. Je pensais que ça pouvait être du à un éventuel produit que la pépinière mettrait dans l’eau d’arrosage (qui, souvenez-vous,
inonde le chemin). Après recherche, j’ai appris que c’est juste un champignon (le Rhytisma Acerinum) qui provoque ces taches et que c’était quelque chose de courant.
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J’aurais tellement aimé que ce soit du à des produits toxiques, que ça fasse un scandale, que la
pépinière soit accusée de polluer l’environnement, que MacGyver intervienne en personne au nom de la Fondation Phoenix et qu’il neutralise les tueurs en costard engagés pour me faire
taire.
Je suis entré dans le Domaine en passant par un des nombreux endroits où le mur est effondré. En
continuant sur ce chemin, on arrive au Château. Mais plutôt que d’y aller directement, j’ai eu envie d’explorer une partie que je ne connais pas trop de ce Domaine. J’ai donc obliqué
vers le sud en découvrant un chemin que je ne connaissais pas.
Le long de ce chemin, pas mal de rondins. En les croisant je n’ai pas pu empêcher de penser à la
Chronique de la Haine Ordinaire où Pierre Desproges peste contre le lieu commun qui veut que l’on
soit une brute anti-forêt si on a le malheur de couper son gazon ou abattre un arbre. Sans se rendre compte que si l’on peut librement se promener en forêt, c’est justement car des
générations d’horticulteurs se font chier depuis la nuit des temps à déblayer les chemins encombrés d’arbres morts, d’arbustes etc. Les écolos primaires, ça m’énerve. Ca ne veut surtout
pas (à aucun prix) que l’on coupe un arbre mort. Ca veut qu’on le laisse s’effondrer « comme la nature le voudrait ». Et un beau jour, l’arbre se casse la gueule sur la tête d’un môme
qui se promenait par là avec ses parents. Le maire prend dix ans de tôle pour négligence mais tout va bien, l’arbre mort n’a pas été sauvagement décapité par le vilain ouvrier
horticole.
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Je soupire. Je suis venu là pour me relaxer, oublier un peu le monde extérieur, mais je n’arrive
pas à décrocher. Je vois des choses et elles m’en rappellent d’autres. Ou alors je me fais des films tout sqeul (plus probable). Heureusement, ce ne sont pas que des choses désagréables
qui me reviennent en tête. En continuant mon chemin (qui s’est rétréci) j’arrive au bord du Domaine, à la partie la plus proche de l’autoroute dont le bruit incessant me signale que ce
soir ça roule pas mal dans le sens Paris-Province.
Cette partie du domaine est très marquée. C’est bien simple, si on fait un pas de plus, on
dégringole le long d’une pente à quarante cinq degrés. Je n’avais pas spécialement envie d’explorer cette partie mais je voulais voir à quoi ressemblait une chose que je n’avais pas vu
depuis longtemps. J’ai donc descendu la pente ci-dessous. Elle n’a pas l’air comme ça mais elle est très raide. D’ailleurs c’est un truc que j’ai jamais réussi à faire : rendre compte de
la raideur d’une pente en photo. On voit la pente en photo et on se dit «Ouais, c’est juste une pente, quoi.» alors qu’en vrai on est obligé de s’appuyer aux arbres, d’agripper les
branches des arbustes, sinon c’est un aller simple pour la rivière crade en contrebas.
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Si on dégringole le long de cette pente, on atterrit direct dans une rivière crade située en bas.
Cette rivière, c’est la Bièvre, enfin ce qu'il en reste. Une bonne partie est déviée un peu en amont dans un autre conduit qui file droit vers le nord. Si on emprunte ce conduit, au bout
d’une centaine de mètres on arrive en bas du puits géant que l’on voit sur la bd que j’ai fait.
Bref, en attendant, si on se casse la figure dans cette pente, on tombe dans cette moitié de Bièvre, qui est bien boueuse. Et ça, c’est si on est chanceux. Parce que si vous n’êtes pas
chanceux, vous vous cognerez la tête contre une chose située également en bas de cette pente. Cette chose, la voilà :
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La dernière fois que j’avais vu cette chose, c’était il y a une quinzaine d’année, quand
j’explorais la forêt avec un ami (ce lui qui avait construit la petite maison de Yoda, ici). A
l’époque je venais de finir de lire «Ca» de Stephen King. Lui aussi l’avait lu, et la première chose qu’on a dit en voyant cette chose, c’est… Morlock !
Un trou de Morlock, c’est une sorte de conduit d’égout qui sort du sol, à au moins trente
centimètres, et dont le but est, en cas d’inondation dans les égouts, de permettre à l’eau de ressortir à la surface, dans une zone dégagée, afin de pas entrainer un reflux des eaux
usées à la surface (dans vos toilettes par exemple). Sauf que bon, ce n’est pas du tout un trou de Morlock, cette chose. C’est juste un conduit qui fait que la Bièvre passe sous le
Domaine de Montjean et ressort un peu plus loin, à Wissous (exactement ici). Mais c’est tellement plus amusant
de se dire que c’est un trou de Morlock par lequel Grippe-Sou sortirait… Je ne suis resté que quelques instants ici, le temps de prendre quelques photos et de repartir vers la forêt
pour distancer le bruit de l’autoroute.
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De retour dans le Domaine (photo ci-dessus). Le soir commence à tomber, je marche un peu plus vite
pour être sur d’avoir une belle lumière quand j’arriverais près du Château. Je marche depuis quelques minutes et derrière moi j’entends un bruit. Au loin je vois un type sur une moto
faire quelques mètres puis rebrousser chemin dès qu’il me voit. Je sais pas pourquoi. Je suis content qu’il ne vienne pas à ma rencontre (il est à moto, j’ai sur moi un appareil qui m’a
couté un peu cher) surtout que ça prendrait dix secondes pour lui de me rattraper… J’ai juste le temps de faire une photo pour garder un souvenir mais il est déjà parti quand j’appuie sur
le bouton, ci-dessous.
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Plus loin je tombe sur un graffiti qui semble être là depuis une éternité. Je l’aime bien. On
dirait un mix de Miro et de Kandinsky. Autant je suis le premier à ne pas aimer voir un endroit abandonné sali par des tags, autant là ça ne me gène pas. Car ça me rappelle la première
fois où je suis venu, avec des amis, découvrir cet endroit, de nuit, il y a onze ans. J’avais vu ce graf avec ma lampe de poche. On avait les chocottes, oh que oui on les avait. Alors
qu’on était six, et qu’aujourd’hui je peux aller seul dans un endroit de nuit, sans avoir peur, et même m’y sentir bien.
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Un peu plus loin encore, une cabane à oiseaux, et une moitié de panneau. C’est joli la façon dont
le lierre a poussé autour de la cabane non ?
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J’arrive alors à un endroit du Domaine qui a été un peu réaménagé. Il y a une sorte de clairière
avec de jeunes arbres, et surtout, quelle surprise, sur ma gauche, un enclos à chevaux ! Tout étonné, je réalise alors que si avant je ne faisais que me promener sur un endroit « à priori
» interdit d’accès et privé, là je suis clairement à un endroit où je ne devrais pas être. Enfin je crois. Et surtout, à priori je suis dans un endroit pas abandonné du tout. Je décide de
quand même continuer mon chemin. Au pire je tomberais sur des gens qui me diront de partir car j’ai rien à faire là, et voilà. En passant le long de la clôture électrique je fais un petit
coucou aux chevaux qui n’en ont rien à foutre.
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Me voilà alors sur la partie la plus classe du Domaine. Le Château est bien en vue. Je distingue
une palissade verte, interdisant définitivement l’accès à l’intérieur du Château. Dommage, il semble que ce ne soit plus possible d’y entrer. Heureusement que je l’ai fait plusieurs fois
dans le passé, ça valait le coup... Je marche vers le Château et je passe sous le gigantesque pin, qui est toujours là, toujours aussi majestueux, avec ses immenses branches, si
belles.
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Quelques images du gris Château avec une belle lumière orangée de fin de journée.
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En faisant le tour du Château, j’ai alors eu une petite surprise : l’entrée principale est
ouverte, et en fait une partie du Domaine est devenu un parc public dans lequel on a le droit de se promener. Je suis donc un peu rassuré quand je reconnais à quelques mètres de moi le
type qui vit dans une des ailes du Château, et qui avait appelé la Police il y a quelques années quand on avait fait une partie d’Airsoft mémorable. Je lui dit bonjour. Il ne me
reconnaît pas (tant mieux ?). J’engage un début de semblant de conversation polie histoire de parler, lui demandant si il sait si le Château sera un jour soit détruit, soit réhabilité
etc. Il n’en sais rien.
Je repars tranquillement sur mes pas, heureux de me promener sur un terrain à présent autorisé,
du moins jusqu’à 18 heures. Il est 18h42 mais le type s’en fout. Le soleil sera couché dans un quart d’heure et il commence à faire frisquet. Je repasse devant les chevaux qui s’en
foutent toujours autant que je les salue, alors que c’est la deuxième fois qu’on se voit, eux et moi, et qu’ils pourraient être polis quand même. Les chevaux c'est rien que des
frimeurs. Quelques choses vues en route : un champignon étrange. Si quelqu’un sait ce que c’est, je suis preneur. Plus loin, un bel arbre commence à avoir des feuilles un peu
jaunes.
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Juste à coté, je tombe sur une souche d’arbre sur laquelle a repoussé une dizaine d’arbustes, juste
autour, très près. Et sur cette souche, un amas de champignons (ou alors c’est juste un seul champignon qui s’est multiplié ?) recouvert d’une espèce de mousse grise. Y’en a même sur les
feuilles de lierre présentes tout autour. C'est cette chose, ci-dessous.
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J’arrive alors à la fin du chemin et au lieu de ressortir par une brèche du mur, je continue pour
voir où le chemin s’arrête. Et bien… Il s’arrête net. Je me retourne pour prendre une dernière photo du Domaine :
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Juste après, dans le coin nord-ouest du Domaine, il y a les restes d’une petite maison. Mais il n’y
a vraiment plus rien du tout, rien de rien. A part de la végétation et un arbre qui pousse en travers. La lumière est si belle, l’orange du soleil qui se couche couplé au bleu de la nuit
qui tombe, y’a rien de plus magnifique. J’ai bien fait de venir.
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Enfin, je ressors du Domaine en traversant un petit champ de mauvaises herbes. L’occasion de faire
une photo qui montre que le contre-jour, c’est pas forcément moche.
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Le bruit de l’autoroute est de retour. Des gens font de la moto sur la piste d’entrainement. Je
reprends le long chemin et voit au loin que la camionnette (orange, souvenez-vous) est toujours là. Mais une fois arrivé à la grille je vois que le chargement est terminé. Je comprends
alors qu’en fait, la famille habitait dans la maison abandonnée et qu’ils déménagent.
En discutant avec le conducteur j’apprends qu’ils habitaient bien là, dans la maison de
l’autoroute, mais qu’à présent ils déménagent. Je demande si ça a un rapport avec Sarkozy, Hortefeux, tout ça, il me dit que non, qu’ils ont juste trouvé « mieux ». Ils sont sept. Le
père, l’oncle, la mère, le fils et les trois filles. Et une poule, que tient dans ses bras la plus jeune. Tout ça dans une camionnette chargée à ras bord et qui ne comporte que trois
places, à l’avant.
Dans un film de Kusturica tout le monde aurait trouvé ça drôle une camionnette chargée à bloc,
une famille nombreuse avec une poule qui hurle pendant qu’on conduit, des plumes d'oie qui volent avec la musique et tout. En me couchant le soir même dans mon lit chaud, je me repasse
la scène avec en fond sonore le bruit de l’autoroute et j’arrive plus du tout à trouver ça pittoresque.
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